
À Taïwan, à la fin des années 80, Lin vit une adolescence compliquée, dans une famille pauvre, aux côtés de sa sœur cadette, sous la menace constante d’un père alcoolique dont sa mère essaie vainement de la protéger.
Girl est le premier film de Shu Qi, une célèbre actrice taïwanaise qui fut l’égérie d’Hou Hsiao-Hsien. Il est en partie autobiographique.
C’est un film oppressant et violent dont je suis surpris qu’il n’ait pas été interdit aux moins de douze ans. Il est accompagné d’un simple avertissement sur son « climat particulièrement anxiogène au sein de la cellule familiale » ainsi que sur ses « scènes de violence conjugale ». Certes, la violence n’y est pas directement montrée ; mais Lin, le double autobiographique de la réalisatrice, y vit sous la menace omniprésente de la violence de son père et des autres hommes. La première scène du film est particulièrement traumatisante, où on la voit cachée dans une armoire sous la menace d’une main masculine qui tente de l’étrangler. Cauchemar de l’adolescente ou réalité ?
Lin espère pouvoir s’appuyer sur sa mère pour se protéger de son père. Sa mère charrie elle aussi son lot de traumatismes. On comprend que ses parents l’ont confiée à sa tante lorsqu’elle est tombée enceinte dans le Taiwan des années 70. La relation entre Lin et sa mère est complexe jusqu’au tout dernier plan qu’on pensait placé sous le signe de la réconciliation finale.
Une autre figure féminine vient contrebalancer celle de la mère : celle de Li-li, une amie de classe de Lin, qui a grandi aux Etats-Unis et en est revenue après le divorce de ses parents. Plus mature, plus dévergondée que Lin, Li-li affiche une insouciance et une liberté provocatrices. C’est elle qui pousse Lin à sécher les cours, à se maquiller, à fumer, à fréquenter les mauvais garçons de Keelung.
Girl est sans doute trop long. Il aurait gagné à être amputé d’une bonne demi-heure. Il n’en reste pas moins un film sensible et fort, dénué de tout pathos.