
Dans le Teraï, au sud du Népal, en lisière d’une forêt tropicale où vivent encore quelques troupeaux d’éléphants sauvages, s’est installée une communauté kinnar dirigée par un guru. Hommes de naissance, les kinnars s’identifient comme femmes. Elles gagnent leur vie en chantant dans les mariages et en conjurant le mauvais œil. Pirati, dont le guru espère qu’elle lui succèdera dès qu’iel prendra sa retraite, s’est vu confier le rôle de « mère » auprès de trois jeunes femmes. L’une d’entre elles, Apsara, disparaît brutalement au cours d’une battue.
Longtemps, les films népalais faisaient figure de rareté exotique. On en a vu deux coup sur coup ces derniers temps : en février dernier, Au-delà de Katmandou, sur quatre sœurs népalaises prenant des chemins de vie différents, l’an dernier Pooja, Sir, qui n’est pas sans ressemblance avec ces Éléphants dans la brume.
Comme dans Pooja, Sir, l’action des Éléphants dans la brume se situe dans la plaine tropicale à la frontière méridionale du Népal, loin de l’Himalaya. Comme dans Pooja, Sir, Les Éléphants dans la brume met en scène une minorité victime de discrimination : on découvre ici les hijra, ces hommes transgenres vivant en communauté, qui bénéficient au Népal d’une reconnaissance juridique depuis un arrêt avant-gardiste de la Cour suprême népalaise en 2007 mais souffrent encore de l’homophobie des paysans. Comme dans Pooja, Sir, une enquête policière est accolée à la description documentaire de cet environnement qui, à elle seule, aurait pourtant justifié un film.
Le résultat ne m’avait pas totalement séduit dans les deux précédents films népalais de l’hiver 2026 et de l’été 2025. Il est autrement plus convaincant ici, dans ce film qui a reçu le prix du jury de la sélection Un certain regard à Cannes et qui représentera le Népal aux Oscars.
J’ai d’abord été séduit par ce milieu si particulier dont on découvre lentement les règles (si j’ose dire). La figure de Pirati en émerge. On ne saura rien de son passé mais on imagine qu’il fut douloureux. Aujourd’hui Pirati est écartelée entre son attachement à sa communauté, son guru et ses « filles », tout particulièrement Apsara avec laquelle elle a développé des sentiments maternels, et son désir d’émancipation qui se concrétise dans la liaison clandestine (toute relation sexuelle est interdite aux kinnars) qu’elle a nouée avec un musicien nain.
Je me plains si souvent que les fins des films que je critique sont prévisibles que je me dois d’évoquer celle des Éléphants dans la brume, particulièrement surprenante, qui entraîne le film hors du lit dans lequel il avait jusqu’alors coulé, vers un autre genre.