Garance ★★★★

Garance (Adèle Exarchopoulos) est une femme de son temps. Elle est comédienne et adore son métier, même si pour l’instant elle est reléguée aux utilités dans la troupe de théâtre qui l’emploie, aux spectacles scolaires en matinée et à quelques doublures alimentaires. Garance a un copain – qu’elle quitte vite – beaucoup d’amis LGBTQIA+ avec qui elle adore faire la fête, une sœur qu’elle adore dont le cancer récidive. Mais Garance a un problème : elle est alcoolique depuis l’adolescence.

Fille de (Julien Clerc et Miou-Miou), Jeanne Herry tourne son quatrième film. J’avais adoré les deux précédents, quasi-documentaires : Pupille en 2018 sur la prise en charge d’un bébé né sous X et Je verrai toujours vos visages en 2023 sur la justice réparative. J’ai adoré celui-ci.

La raison en est triple.

La première est la qualité de sa mise en scène qui raconte, à travers des plans parfois très courts, entrecoupés parfois de longues ellipses, une histoire au long cours dont on réalise, quand elle se termine, qu’elle aura duré plusieurs années. Tout est parfaitement fluide, parfaitement rythmée dans cette chronique quasi-documentaire de la vie d’une alcoolique.

La deuxième est son sens de la nuance. Les films sur l’alcoolisme et sur l’addiction dépeignent souvent des héros ou des héroïnes (!) qui entament une longue déchéance dont ils réussissent à se sauver au prix d’un brutal sevrage. Rien d’aussi linéaire ici. Garance n’est pas une pauvre fille à la rue, sans le sou, menacée par la précarité. Elle gagne sa vie correctement, est soutenue par sa famille, est entourée de l’amitié vibrante de tous ses amis. Elle est parfaitement consciente de son état, au point d’en rire volontiers dans des scènes à l’humour communicatif (mention spéciale à son hilarant docteur !). Le film ne suit pas le programme écrit d’avance déclin/rédemption que les films du même genre reproduisent. On se demande dans quelle direction il ira. J’aurais adoré qu’il se termine quinze minutes avant son dernier plan, pour laisser plus ouvert l’horizon des possibles.

La troisième évidemment est l’interprétation scotchante d’Adèle Exarchopoulos. Elle fait depuis une semaine toutes les couvertures. Et elle le mérite largement. Il y a deux semaines, je regrettais que le prix de l’interprétation féminine ait échappé à Léa Drucker pour son interprétation dans La Vie d’une femme et qu’il ait été attribué au duo franco-japonais d’actrices bisounours de Soudain. Maintenant, sans crainte de me contredire, je regrette qu’il ait échappé à Adèle Exarchopoulos et j’espère que les César ne l’oublieront pas.

La bande-annonce

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