Backrooms ★★☆☆

Architecte raté, patron d’un magasin de meubles sans client d’une zone commerciale anomique, Clark (Chiwetel Ejiofor) vit mal son divorce. Il consulte une psychanalyste, la docteure Mary Kline (Renate Reinsve) pour l’aider à franchir cette passe. Entre deux consultations, il découvre au sous-sol de son magasin un passage vers une enfilade mystérieuse de pièces où il s’aventure. Sans nouvelles depuis plusieurs jours de son client, dont l’état la soucie, la psychanalyste part à sa recherche et entre à son tour dans le labyrinthe.

Backrooms est sorti en salles le printemps dernier. Il a connu un immense succès. Son jeune réalisateur, né en 2005, est devenu sancto subito le plus jeune cinéaste à atteindre la première place du box-office américain et mondial. Son film, produit par A24, s’est avéré particulièrement rentable : pour un budget de dix millions de dollars à peine il a engrangé près de trois cent millions de dollars de recettes.

Le succès de Backrooms concomitant de celui d’Obsession annonce peut-être une nouvelle ère pour le cinéma d’horreur. Le succès ne vient plus de la répétition ad libitum des mêmes sujets éculés, déclinés dans d’interminables suites : Vendredi 13, Halloween, Freddy, Massacre à la tronçonneuse… Le succès vient de (très) jeunes réalisateurs qui ne sont pas diplômés d’écoles de cinémas, mais ont fait leurs premières armes sur le Net. L’univers des backrooms est né en ligne sur Fandom et Wikibot au début des années 2020. Dans cette communauté en croissance exponentielle, les internautes fantasmaient un monde parallèle, constitué d’une succession de pièces vides et anxiogènes.

Cette ambiance me rappelle celle du livre de Mark Daniliewski publié en 2000, La Maison des feuilles. Un livre marquant, tant par sa forme que par son sujet. Sa forme : un énorme pavé de 700 pages où les mots s’écrivent parfois en spirale, à l’envers, sous forme de fenêtres ou de labyrinthes, obligeant le lecteur à tourner le livre dans tous les sens. Le sujet : une banale maison en Virginie ouvre sur un labyrinthe souterrain aux dimensions titanesques où les personnages se perdent les uns après les autres.

Comme La Maison des feuilles, Backrooms nous fait pénétrer dans un univers fantasmagorique. On peut essayer d’y trouver un sens. Le film s’y refuse, avec sa fin très ouverte qui pourra sembler bien frustrante. Cette solution est une réponse à un défi : comment adapter dans un film, nécessairement clos, avec un début, un milieu, une fin, le foisonnement rhizomique d’un forum en ligne ?

La bande-annonce

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *