Je le confesse : c’est alléché par une bande-annonce racoleuse que je suis allé voir, le jour de sa sortie, le film de Eva Husson.
Qu’en attendais-je ? Soyons franc : du cul.
Et je n’ai pas été déçu. « Bang Gang » filme des partouzes décomplexées d’ados pas bégueules qui, après quelques bières et quelques pétards, s’envoient gaiement en l’air en se taggant sur Internet.
Mais, j’aurais tort de me faire plus « petit cochon » que je le suis (beaucoup trop) déjà.
J’attends d’un film autre chose.
Et c’est cet autre chose qui manque cruellement à « Bang Gang ».
Quel est le message du film ? Il tient dans son sous-titre d’une subtilité pachydermique : les jeunes ont beau avoir des comportements sexuels de stars du X, ils n’en sont pas moins romantiques et recherchent au fond l’amour. George (pourquoi diable avoir donné à l’héroïne un prénom épicène ?) a beau devenir la participante la plus entreprenante aux bang gangs organisés par Alex, cette quête effrénée de sexe n’est au fond qu’une façon pour elle de conquérir son amour.
Outre que ce ressort est d’une navrante simplicité, il me semble gravement manquer de crédibilité. J’ai de mon adolescence le souvenir – et de celle de mes ados l’expérience – d’une période exaltante et compliquée. Nous étions – ils sont – traversés de sentiments et de désirs contradictoires. Celui de perdre sa virginité au milieu de camarades de classe hilares en train d’immortaliser la scène sur leur téléphone portable ne faisait pas partie de mes fantasmes, même les plus débridés.
Que le sujet du film ait été inspiré d’une histoire vraie – en 1999 aux États-Unis une bande d’ados issus de la classe moyenne avaient pris l’habitude de se retrouver pour organiser des gang bangs – ne le rend pas pour autant plus crédible. Là où Abdellatif Kechiche (« La vie d’Adèle ») ou Larry Clark (« Kids ») nous rendaient palpables et émouvantes les premières amours adolescentes, Eva Husson se contente d’aligner de belles images de jeunes garçons et de jeunes filles aux corps sans défaut. Passée l’euphorie de l’orgie, la descente est brutale et exagérément moralisatrice.
A noter toutefois une scène. Une seule presque hors sujet mais bouleversante d’humanité : un adolescent qui, surpassant son dégoût, assiste son père tétraplégique à prendre sa douche et le regard du père humilié et reconnaissant.
PS : seconde confession : j’ignorais ce qu’était un prénom épicène avant d’écrire ce billet !
Je m’installe dans la salle. Je regarde autour de moi. Que vois-je ? Des retraités caqueteurs, renifleurs et éternueurs. Je me dis que je me suis trompé, qu’on m’a vendu un ticket pour un film avec Jean Rochefort ou Michel Piccoli. Pas du tout ! C’est bien « Janis » qui va commencer, un documentaire sur l’icône des sixties, bisexuelle et morte d’une overdose à 27 ans seulement en 1970.
Il est de bon ton de vouer aux gémonies le huitième film de Quentin Tarantino. Avec la satisfaction de moucher un gamin précoce et turbulent. Avec la joie mauvaise de le rappeler à l’ordre, de le ramener dans le droit chemin pour lui faire payer les voies de traverse dans lesquelles il s’était trop longtemps complu.
J’ai déjà dit ici combien la miniaturisation était en train de révolutionner le cinéma.
Volontairement ou pas, le titre du film et son affiche miroitent (et je ne dis pas cela parce que Rebecka Josephson se regarde dans la glace !). Le titre annonce une sœur maigrichonne ; l’affiche nous montre une fille rondelette. Alors ? Erreur d’indexation ?
Pendant la première demi-heure du film, un doute m’a envahi. M’étais-je trompé de salle ? Avais-je pris ma mauvaise paire de lunettes pour ne pas reconnaître Greta Gerwig ?
Grâce aux progrès technologiques, on peut aujourd’hui tourner un film avec un téléphone portable. Nous sommes donc tous devenus, pour le meilleur et pour le pire, des cinéastes en puissance.
« The Big Short » a le cul entre deux chaises.