
M. Dashwood laisse à sa mort une veuve et quatre enfants. John, fils unique né d’un premier lit hérite avec Fanny, sa fielleuse épouse (Stacy Martin vipérine à souhait), de la demeure occupée jusqu’alors par sa belle-mère et ses trois demi-soeurs : Elinor l’aînée, douce et raisonnable (Daisy Edgar-Jones révélée par la série Normal People), Marianne la cadette, fougueuse et passionnée (Esmée Creed-Miles) et Margaret la jeune benjamine. La veuve et ses trois filles quittent le Sussex pour le Devon où elles s’installent dans une masure misérable sur une lande battue par les vents. Elinor laisse derrière elle Andrew Ferrars (George McKay), le frère aîné de l’horrible Fanny, dont elle est secrètement tombée amoureuse. Dans le Devon, sa cadette tombe vite amoureuse du beau John Willoughby (Frank Dillane).
Qu’on ait ou pas été une jeune fille en herbe, folle de littérature, perdue dans ses rêves, on a toutes (et tous) lu Raison et Sentiments, le premier livre publié de Jane Austen et on a tous vu son adaptation par Ang Lee en 1995 avec Emma Thompson (dans le rôle d’Elinor), Kate Winslet (dans celui évidemment de Marianne) et Hugh Grant (dans celui de Ferrars). Certes, l’âge aidant, on magnifie le souvenir qu’on a du film d’Ang Lee et on s’emmêle un peu les pinceaux, confondant son intrigue avec celle d’Orgueil et Préjugés…
Pour autant, quel que soit notre âge et notre genre – même si la salle où je l’ai vu comptait une large majorité de spectatrices – on prendra un plaisir régressif à cette nouvelle adaptation malgré son manque d’audace. Certes, les canons de la narration ont bien changé. On voit venir des kilomètres à l’avance les rebondissements prévisibles de l’intrigue : on sent que le jeune et impétueux Willoughby est un coureur de jupons alors que l’ennuyeux colonel Brandon est un roc auprès duquel Marianne soignera ses chagrins d’amour.
Mais peu importe… l’élégance des sentiments fait toujours autant d’effet. On se laisse prendre au jeu de ces chassés-croisés amoureux et on ne peut qu’éprouver une infinie sympathie pour Elinor et Marianne qui nous deviennent aussi proches et familières que Bridget Jones, les cuites et les plans cul en moins.
Petit bémol : Jane Austen et ses élans raisonnables du cœur me semblent vieillir plus mal que les sœurs Brontë. Les Hauts de Hurlevent ou Jane Eyre autorisent des adaptations fantastiques que les trop sages romans de Jane Austen ne permettent pas.
Le truc des romans de Jane Austen ce sont les dialogues ou les monologues, qui ne sont pas toujours bien restitués au cinéma. La meilleure adaptation que j’ai vu récemment est « Persuasion » un téléfilm britannique de 2007 que j’ai pu voir sur Canal+.