Chicas Tristes ★★☆☆

Paula et Maestra ont seize ans. Inséparables, les deux jeunes filles sont toutes les deux membres d’une équipe de natation et espèrent être sélectionnées à une compétition qui se tiendra à l’automne au Brésil. Les deux amies se confient leurs rêves et leurs craintes. Paula encore vierge aimerait avoir une première expérience. Maestra la pousse dans les bras de Daniel, aussi inexpérimenté qu’elle. Mais leur première relation se passe mal.

Chicas Tristes nous vient du Mexique. C’est le premier film d’une jeune réalisatrice. Il a été sélectionné dans une section parallèle du dernier festival de Berlin.

C’est un film lent, sans coup de théâtre. Parce qu’il se déroule dans un centre nautique et que de nombreux plans sont filmés sous l’eau, il m’a rappelé le récent The Plague qui se déroule au début des années 2000 dans un complexe sportif californien.

Mais c’est surtout un film sur le viol.
Car ce qu’a subi Paula, et qu’elle tarde à nommer, est à proprement parler un viol puisque Daniel l’a pénétrée sans son consentement. Il faut du temps à Paula pour mettre un mot sur ce qui lui est arrivé, grâce à Maestra qui lui arrache ses confidences.

La question suivante est celle des conséquences de ce viol. Faut-il que Paula en parle à son père ? qu’elle aille dénoncer Daniel à son coach ? Maestra presse son amie de le faire ; mais Paula s’y refuse, soit qu’elle minimise les faits, soit qu’elle craigne d’être réduite au statut de victime. La seconde partie du film est suspendue aux réponses qu’appellent ces questions.

Chicas Tristes ne révolutionne pas le cinéma. C’est un film qui explore des sujets déjà souvent défrichés. Mais il le fait avec une délicatesse particulièrement attachante.

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Juste pour une nuit ★★☆☆

Aux États-Unis, une nouvelle législation a été adoptée, qui s’appuie sur un capteur biométrique pour la faire respecter, interdisant les relations sexuelles prénuptiales. L’interdiction connaît toutefois une exception une nuit par an durant laquelle tous les célibataires ont le droit de folâtrer. C’est cette nuit-là qu’Allie, chanteuse timide, et Owen, pizzaïolo fidèle, vont se rencontrer.

Juste pour une nuit (One Night Only) est construit à partir d’une idée passablement perchée, qui rappelle vaguement celle d’American Nightmare. Mais qu’on ne s’y trompe pas, cette RomCom américaine n’a rien de dystopique. Elle est au contraire très conventionnelle et très pudibonde : si les femmes y arborent des tenues minimalistes qui ne cachent pas grand-chose de leur (affolante) anatomie, on ne voit jamais la pointe d’un sein. Le film est tous publics en France et R (restricted) aux Etats-Unis, on se demande bien pourquoi.

Sorti début août aux États-Unis, ce film y a pâti de la concurrence de Spider Man et de L’Odyssée, qui lui ont laissé à peine 5.5 millions de dollars le premier week-end de son exploitation. Les rares critiques qui accompagnent sa sortie en France sont mauvaises.

Pour autant, j’ai souri aux situations souvent drôles et à sa morale gentillette. Son charme tient beaucoup à celui de ses deux acteurs principaux. Callum Turner, follement sexy, fait partie des acteurs susceptibles de reprendre le rôle de James Bond. Monica Barbaro en imposait dans le rôle de Joan Baez aux côtés de Timothée Chalamet dans Un parfait inconnu.

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Une affaire turque ★★☆☆

Mustafa Duman (Lionel Erdogan) a grandi en banlieue parisienne avant de devenir avocat à Paris, dans le prestigieux cabinet de Claude Delval (Charles Berling). Il est sur le point de devenir associé s’il réussit une délicate négociation avec une entreprise gênée par l’adoption imminente d’une nouvelle législation européenne. Mustafa – qui se fait désormais appeler Mathieu – va peut-être trouver le moyen de retarder le vote du Parlement européen en passant un marché machiavélique avec un député européen dont l’assistant a agressé un conducteur turc de taxi proche de sa famille.

On ne voit pas souvent de films sur la communauté turque installée en France. Il faut remonter à 2005 et à L’Empire des loups, une adaptation testostéronée d’un thriller de Jean-Christophe Grangé pour en trouver un. Une affaire turque cède à un certain exotisme en nous en montrant quelques événements marquants : la fête de Bayram (qui marque la fin du Ramadan) avec ses cadeaux échangés et les salutations aux aînés, la cérémonie du henné qui se déroule la veille d’un mariage…

Une affaire turque est particulièrement intéressant par son arrière-fond sociologique. Il évoque  l’immigration, le respect des traditions religieuses et culturelles qui entrent parfois en conflit avec l’intégration à la société méritocratique française, la fidélité à sa communauté d’origine… Mais cette évocation n’est qu’un arrière-fond. L’essentiel du fil est un thriller politique qui louche du côté de Jacques Audiard, de James Gray et de Rodrigo Sorogoyen.

Le scénario nous tient en haleine tout le long du film, même s’il enregistre deux passages à vide à la fin de son premier et de son deuxième tiers, quand rien ne semble plus devoir le faire avancer. Ses coutures sont un peu trop visibles et ses rebondissements se laissent deviner juste avant de survenir. Ses personnages, tous plus retors les uns que les autres, évitent certes le manichéisme mais se complaisent dans leur noirceur. Je ne suis pas arrivé à déterminer si Lubna Azabal cabotinait dans son rôle ou jouait à la perfection un personnage caricatural.

On retiendra de ce film une révélation : Lionel Erdogan, dans le rôle titre, qu’on avait déjà vu à la télévision, mais quasiment jamais au cinéma. Sa beauté renversante rappelle Liam Neeson et Matthew McConaughey. Il interprète à la perfection le rôle de ce transfuge de classe, que les hauts milieux d’affaires parisiens tiennent dédaigneusement à bout de gaffe et auquel sa famille et sa communauté reprochent de les snober.

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Un grand raccourci ★☆☆☆

Dans un petit village des Côtes d’Armor, en plein cœur de l’Argoat, deux cousins inséparables et débrouillards croisent deux jeunes filles engagées dans un concours de miss local.

Un grand raccourci – un titre dont il faut aller chercher la signification dans le dossier de presse – est l’œuvre de deux amis d’enfance, Armand Foëx et Clément Devilliers, âgés de vingt-deux ans à peine, passionnés de cinéma. Avec deux bouts de ficelle, ils avaient déjà réalisé ensemble pas moins de sept courts-métrages. La rencontre d’un producteur presqu’aussi jeune qu’eux, Hector Belgodère-Soria, les a décidés de passer au long avec la même économie de moyens : un budget riquiqui, une équipe technique réduite au minimum et essentiellement constituée d’une bande de potes, des acteurs amateurs – accompagnés de quelques professionnels parmi lesquels on reconnaît Olivier Rabourdin, Louise Labeque, l’égérie de Bertrand Bonello, et Sara Montpetit, jeune Canadienne découverte dans Falcon Lake.

La démarche est sympathique, d’autant qu’elle porte en germe un nouveau modèle de cinéma, qui inscrit le film dans une communauté avec les publications sur Instagram qui en racontent, sans en rien cacher, la confection. L’enthousiasme et le bonheur des deux co-réalisateurs qui présentaient leur film jeudi dernier à l’UGC des Halles faisaient plaisir à voir. Mais cette fougue juvénile ne suffit pas à faire un bon film. Son scénario est vraiment trop pauvre, ses rares gags pas assez drôles.

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Soudain ☆☆☆☆

Marie-Lou (Virginie Efira) dirige une maison de retraite en proche banlieue parisienne. Elle s’investit corps et âme dans son travail au risque de s’y épuiser. Elle fait par hasard la connaissance d’une dramaturge japonaise dont la pièce est représentée à Paris. Mari (Tao Okamoto) souffre d’un cancer en phase terminale. Marie-Lou va l’aider à mourir.

Soudain – un titre dont je n’ai pas compris la signification – a été acclamé à Cannes. Il se dit qu’il aurait raté de peu la Palme d’or. Ses deux actrices ont partagé le prix d’interprétation féminine.

Son réalisateur est la nouvelle coqueluche du cinéma japonais. Né en 1978, Ryūsuke Hamaguchi a été découvert grâce à Senses, un film de plus de cinq heures sur les rapports hommes-femmes dans un Japon encore largement patriarcal. Prix du scénario à Cannes, Drive My Car a décroché le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film étranger. En 2023 Le mal n’existe pas s’est vu décerner le Grand Prix du jury à la Mostra.

Je n’avais aimé aucun de ces films, pas même Drive My Car qui a reçu pourtant un accueil unanimement enthousiaste (poke Lynn). Je n’ai pas non plus aimé Soudain.

Il est difficile de lui reprocher son thème : la qualité des soins dispensés à nos aînés en maison de retraite est sans doute l’un des sujets les plus brûlants de notre temps. On a en mémoire les scandales qui émaillent l’actualité sur les mauvais traitements infligés dans les établissements Orpéa, sur le manque de moyens, sur les personnels mal formés, sous-payés et trop peu nombreux. Un défi qui s’aggravera avec le vieillissement de la population et les progrès de la médecine. Nous mourrons de plus en plus tard ; mais dans quel état et auprès de qui vieillirons-nous ?

Mais pour brûlant que soit ce thème, était-il nécessaire de le traiter avec autant de mielleuse bienveillance ? Qu’il faille traiter avec « humanitude » (sic) nos aînés, personne n’en disconviendra. Fallait-il en faire un film larmoyant et sans enjeu ? Fallait-il le lester d’une pesante démonstration marxiste sur l’impasse du capitalisme, façon Toni Negri et Giorgio Agamben, tableau blanc à l’appui ? Fallait-il que la démonstration dure plus de trois heures, une durée obèse que rien ne vient justifier ?

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Girl ★★☆☆

À Taïwan, à la fin des années 80, Lin vit une adolescence compliquée, dans une famille pauvre, aux côtés de sa sœur cadette, sous la menace constante d’un père alcoolique dont sa mère essaie vainement de la protéger.

Girl est le premier film de Shu Qi, une célèbre actrice taïwanaise qui fut l’égérie d’Hou Hsiao-Hsien. Il est en partie autobiographique.

C’est un film oppressant et violent dont je suis surpris qu’il n’ait pas été interdit aux moins de douze ans. Il est accompagné d’un simple avertissement sur son « climat particulièrement anxiogène au sein de la cellule familiale » ainsi que sur ses « scènes de violence conjugale ». Certes, la violence n’y est pas directement montrée ; mais Lin, le double autobiographique de la réalisatrice, y vit sous la menace omniprésente de la violence de son père et des autres hommes. La première scène du film est particulièrement traumatisante, où on la voit cachée dans une armoire sous la menace d’une main masculine qui tente de l’étrangler. Cauchemar de l’adolescente ou réalité ?

Lin espère pouvoir s’appuyer sur sa mère pour se protéger de son père. Sa mère charrie elle aussi son lot de traumatismes. On comprend que ses parents l’ont confiée à sa tante lorsqu’elle est tombée enceinte dans le Taiwan des années 70. La relation entre Lin et sa mère est complexe jusqu’au tout dernier plan qu’on pensait placé sous le signe de la réconciliation finale.

Une autre figure féminine vient contrebalancer celle de la mère : celle de Li-li, une amie de classe de Lin, qui a grandi aux Etats-Unis et en est revenue après le divorce de ses parents. Plus mature, plus dévergondée que Lin, Li-li affiche une insouciance et une liberté provocatrices. C’est elle qui pousse Lin à sécher les cours, à se maquiller, à fumer, à fréquenter les mauvais garçons de Keelung.

Girl est sans doute trop long. Il aurait gagné à être amputé d’une bonne demi-heure. Il n’en reste pas moins un film sensible et fort, dénué de tout pathos.

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Des fleurs pour Tokyo ★☆☆☆

Un architecte-paysagiste donne la priorité à son travail sur sa famille. Il devient célèbre, signe l’un des espaces les plus célèbres de Tokyo dans le quartier de Shibuya. Mais ses enfants, son fils employé chez un fleuriste, sa fille sur le point de se marier, ne lui pardonnent pas son abandon.

Décidément l’actualité cinématographique japonaise est riche. Il ne se passe quasiment pas de semaine sans qu’un film japonais sorte sur les écrans français : Sous le ciel de Kyoto, L’Illusion de Yakushima, Le Dernier Vrai Samouraï, Mon grand frère et moi, La Fille du konbini… et j’ai eu la chance de voir en avant-première plusieurs films japonais dont la sortie est annoncée pour les semaines qui viennent : Soudain, Quelques jours à Nagi, De toutes les nuits les amants… Même si ces films sont différents les uns des autres, ils n’en produisent pas moins la même petite musique répétitive en évoquant souvent les mêmes thèmes : la famille, le passage à l’âge adulte, la difficulté de trouver sa place dans le monde…

Des Fleurs pour Tokyo s’inscrit dans ce paysage. Il commence par une longue introduction. Elle se situe dix ans et demi (pourquoi diable ce « demi » ?) avant le début de l’histoire résumée au début de ma critique. Dans cette longue scène introductive, Ren et Emi sont encore enfants, leurs parents sont encore mariés et cette famille encore unie est en route pour les vacances qu’elle va passer dans une belle maison au bord de la mer. Mais un appel téléphonique oblige le père, Hajime, à rentrer d’urgence à Tokyo où son travail l’appelle, au grand dam de son épouse dépressive qui ne supporte plus ses absences.

La suite de l’histoire se déroule donc dix ans « et demi » plus tard. Ren et Emi sont devenus adultes. Après la mort de leur mère, dont on comprendra qu’elle s’est suicidée, ils ont rompu tout contact avec leur père qui s’est un temps exilé à l’étranger avant de revenir au Japon. Le hasard d’une livraison d’orchidées réunira Ren et son père.

Présenté à la Quinzaine des cinéastes de Cannes l’an dernier, Des Fleurs pour Tokyo est le premier film d’une étonnante maturité d’un réalisateur âgé de vingt-quatre ans à peine, qui dédie son film à sa mère et à sa ville. C’est un film grave et triste qui louche parfois du côté du documentaire avec ses longs plans fixes du quartier ultramoderne de Shibuya au centre de Tokyo. Mais c’est un film trop long au scénario trop statique dans lequel les personnages, coincés dans leur incommunicabilité, n’évoluent pas. Son pas de côté dans le fantastique ne remédie pas à ces faiblesses.

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Cotton Queen ★☆☆☆

Nafisa est une jeune Soudanaise pleine de vie qui travaille dans les champs de coton de sa grand-mère, sur les bords du Nil bleu. Elle est amoureuse de Babiker, un batelier ; mais sa mère souhaiterait la voir épouser le riche Nadir, un homme d’affaires formé en Europe qui commercialise une nouvelle variété de coton transgénique.

Il nous vient suffisamment peu de films du Soudan pour bouder le plaisir d’un détour vers ce cinéma dépaysant, aux frontières du monde arabe et de l’Afrique subsaharienne. La toute première scène de Cotton Queen donne le ton, qui réunit autour de Nafisa des cueilleuses de coton qui entonnent joyeusement une ode à l’insoumission. Le reste du film est à l’avenant.

Le problème est que son histoire, qui pourtant n’a rien de bien compliqué, m’a paru horriblement emberlificotée, au point de m’y perdre. Il y est question de domination coloniale, de lutte de classes, de mutilations génitales féminines, de protection de l’environnement…. Sans être anti-woke, on peut légitimement être effrayé de l’accumulation de tels sujets tellement bien-pensants.

On me répondra qu’il n’est pas nécessaire de comprendre une histoire pour apprécier un film. Je veux bien…. mais l’argument, qui passe encore pour 2001 Odyssée de l’Espace ou Mullholand Drive, passe moins bien pour un film qui ne joue évidemment pas dans cette catégorie-là.

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Les Silences de Riyad ★★☆☆

Le corps d’une jeune femme assassinée est retrouvé dans le désert. Personne ne réclame sa dépouille. L’employée dans un commissariat de police, traumatisée par son récent divorce et le décès de son enfant, devient obsédée par cette affaire et se met en tête de l’élucider seule.

Rares sont les films qui nous viennent d’Arabie saoudite. Wadjda (2012) et son héroïne entêtée avaient marqué les esprits. C’est sa réalisatrice, Haifaa Al Mansour, qui mène une carrière à cheval entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, qui est aux manettes des Silences de Riyad.

Il montre une Arabie saoudite rarement filmée, celle des classes moyennes, celle des jeunes qui, pour chasser l’ennui, s’adonnent au rodéo urbain, celle des femmes, en butte à un régime strictement patriarcal mais qui profitent des marges de liberté qui leur sont laissées pour s’émanciper peu à peu : elles ont désormais le droit de conduire et de sortir en cheveux [l’Iran et l’Afghanistan, à l’exception des pays de la péninsule arabique, sont les seuls pays au monde où le port du voile pour les femmes est obligatoire dans l’espace public].

Mais il le fait d’une façon typiquement américaine, dans un polar qui respecte scrupuleusement les règles du genre au risque de sembler bien planplan, avec son lot de révélations, de courses-poursuites et de capitaine de police débonnaire façon Columbo. [attention spoiler] On bâillerait presque d’ennui si dans les ultimes minutes le scénario ne prenait un tour inattendu et stupéfiant façon Usual Suspects.

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